Tout au plus quelques heures, je sens que je faiblis
Beaucoup sont morts hier sous des sorts meurtriers
Je suis maintenant le dernier espoir des Sorciers
Harry ferma les yeux de douleurs, agrippant son flanc ensanglanté. Il ne devait pas crier, sinon il révèlerait sa position et, Prophétie ou pas, les Mangemorts le tueraient avant qu’il ne trouve Voldemort. Il jeta un dernier regard en arrière. La nuit était éclairée par les sorts multicolores, la plupart meurtriers. De là, il ne pouvait savoir qui était ami ou ennemi… Il ne pouvait pas non plus voir qui était tombé. Il donna un puissant coup de poing dans l’arbre le plus proche en retenant quelques larmes. Ron l’avait poussé et était resté en arrière pour le couvrir. Il était parti et il l’avait entendu hurler. Il ne savait pas s’il était mort ou juste blessé. Il ne savait pas où se trouvait Hermione et encore moins Ginny. La douleur des sentiments se mêla à celle de son corps et il s’affaissa doucement contre le tronc, reprenant son souffle, cherchant à calmer ses larmes. Il avait une mission et il devait y arriver. Voldemort devait tomber cette nuit, c’était leur dernier espoir.
De nouveaux cris retentirent alors qu’il se redressait doucement en chancelant légèrement. La blessure infligée par la magie noire était lourdement entaillée au niveau du flanc et la douleur commençait à brouiller sa vue. Un rire nerveux lui échappa : cette guerre n’avait aucun sens… Tellement stupide alors qu’ils pourraient vivre tous en paix…
Ce qu’avait l’air le monde il y a très très longtemps
Quand vivaient les parents de mon arrière grand-père
Et qu’il n’était pas question de cette stupide guerre
En ces temps on vivait au rythme des saisons
Tous les sorciers vivaient en parfaite communion
Une eau pure et limpide coulait dans les ruisseaux
Où vivaient des tribus unies d’êtres de l’eau
Si seulement… Ils étaient tous sorciers après tout ! Ils se battaient en ce moment avec leur propre magie, identique. Où se trouvait la différence ? L’origine n’était pas un sujet valable pour une telle guerre, pour tant de morts. C’était vraiment… Stupide.
Avada Kedavra et sorts impardonnables
Et tous mes amis mourir par une atroce fin
Comme tombent les mouches…
Jusqu’à c’qu’il n’y ait plus rien…
Plus rien…
Plus rien…
Le visage ensanglanté de Neville lui revint en mémoire: il ne savait pas s’il survivrait à ses blessures, mais il n’avait pas eu le temps de s’attarder sur le corps de son ami, poussé par les survivants vers la sortie. Puis vint l’image de Percy qui s’était joint à eux et s’était sacrifié pour sauver son père. Percy était mort, c’était le chemin qu’il avait choisi vers le pardon. Et Hermione… Il ne l’avait pas vue depuis qu’ils s’étaient séparés. Ron l’avait poussée dans la Salle sur Demande, espérant la mettre à l’abri. Harry savait à quel point Ron aimait Hermione, et c’était la seule manière qu’il avait trouvé pour la protéger, quitte à en mourir… Mais Harry connaissait trop bien Hermione. Elle avait certainement trouvé un moyen pour s’échapper et retourner sur le champ de bataille. Elle était douée, mais seule. Il avait peur pour elle, extrêmement peur. Et ce n’était rien comparé à la peur qui lui tiraillait les entrailles alors qu’il pensait à Ginny. Est-ce qu’elle allait bien ?
Tout au plus quelques heures, je sens que je faiblis
Beaucoup sont morts hier sous des sorts meurtriers
Je suis maintenant le dernier espoir des Sorciers
Deux jours… Deux jours que cette bataille durait. A chaque Mangemort tué se relevait un Inferi. Les membres de l’Ordre étaient submergés et beaucoup étaient morts… Les ennemis étaient bien trop nombreux et leurs chances étaient minimes, Harry le savait. Il se redressa une nouvelle fois et continua de marcher, espérant trouver Voldemort. Ce dernier se tenait en retrait. Il avait lancé le premier assaut la veille… C’était de sa main qu’était mort Percy, comme il avait assassiné les parents d’Harry. Et il s’était retiré en arrière, sans doute aux alentours de la cabane hurlante, à Pré-au-Lard… Tout cela aurait pu être évité si le Ministère n’avait pas fermé les yeux sur certains traîtres et n’avait pas surestimé l’enfant prodige qu’avait été Harry en cette nuit d’Halloween…
Alors que des sorciers étaient obnubilés
Par cette idée stupide sur la valeur du sang
Tous partisans d’un Mage Noir vraiment très puissant
Choisissant d’agir sous les ordres de Voldemort
Ils se sont tous unis sous le nom de Mangemorts
Pour purifier leur race, ont tués des Moldus
Et de nombreux sorciers d’origines inconnues.
Mais pour tous les sauver un Ordre s’est créé
Luttant contre ces monstres afin de les stopper
Motivé dans leur cœur par cette sage prophétie
D’un enfant vainqueur sur cette sombre magie
Quelques années avaient données un certain repos au monde sorcier, mais chacun craignait encore Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, alors qu’il était censé être détruit… Ils savaient tous… Ils le savaient tous que cette période obscure renaîtrait, tuant de nouveau des innocents.
Harry marqua un temps d’arrêt en entendant quelqu’un s’approcher. Il se figea mais, sans cape d’invisibilité, il était tout de même en vue…
« LUMOS !! »
La lumière qu’émit sa baguette éclaira les alentours, dévoilant Firenze qui le regardait d’un air triste et pourtant déterminé.
« Harry Potter. Je vais te mener à lui. Viens… »
Le Centaure s’abaissa et Harry monta sur son dos. Le jeune sorcier pu voir de nombreuses blessures sur le corps de l’être fantastique.
« Où sont les autres Centaures ? »
« Il n’y en a plus aucun… Voldemort les a tués… Ce sorcier est vraiment très puissant. Venge-nous, Harry. Au nom des Centaures et de tous tes amis… Pour l’Ordre du Phénix… »
La cicatrice sur le front du garçon commença à devenir encore plus douloureuse… Terrible héritage de la nuit où tous pensaient qu’il avait détruit Lord Voldemort… Souvenir de la mort de ses parents et du sacrifice de sa mère alors qu’il était à l’aube de sa vie. Tant de temps perdu, gâché par les Dursley qui ne lui avaient jamais témoigné une once d’amour… A cause de Voldemort. Harry ferma les yeux et entendit le cri de sa mère mêlé à la lueur verte du Sort Impardonnable.
Alors que tout le monde le croyait bien détruit
D’un sort renvoyé grâce à l’Amour d’un enfant
Espérant une vie simple avec juste ses parents
Et par la suite pendant plus d’une décennie
Dans les murs d’Azkaban ou dehors et en vie
Attendant patiemment le retour de leur Maître
Partout autour de nous survivaient tous ces traîtres
Harry revoyait Lucius s’en prendre à Tonks, s’acharnant sans lui laisser un temps de répit. Remus était derrière elle, couché. Personne ne savait s’il était mort ou non, mais pour tout l’amour qu’elle éprouvait pour lui, elle défendait le corps de son amant, quitte à y sacrifier sa vie…
Une goutte de sang brouilla la vue du garçon : sa cicatrice était maintenant ouverte et la douleur était omniprésente et plus qu’atroce ; mais cette douleur lui rappelait le sacrifice des autres et le fait que lui était encore en vie, pour tuer le Guide de cette guerre… « L’un ne peut vivre tant que l’autre survit. » L’un des deux devait donc mourir et Harry était déterminé : il ne le laisserait pas le tuer !
La Cabane Hurlante fut bientôt en vue et Firenze s’arrêta.
« Il y a des Mangemorts… Harry. Je te fais confiance. »
« Non ! Firenze !! »
Le Centaure bondit hors de la forêt et marqua un temps d’arrêt.
« Hâte-toi, je ne pourrai pas les retenir bien longtemps ! »
Il banda son arc et tira. Les Mangemorts firent aussitôt volte-face et les sorts fusèrent. Firenze bondissait en tous sens, esquivant les sorts avec une grande agilité. Harry aurait voulu lui venir en aide mais maintenant que le chemin était libre, il ne pouvait laisser passer une autre occasion…
Il fonça comme un dératé jusqu’à la vieille bâtisse et plongea par l’une des lucarnes de la cave. Il se releva sur le lit de charbon qui avait amorti sa chute. La douleur de sa cicatrice devenait aveuglante, et, au prix d’un effort surhumain, il ferma son esprit.
Recommençant à tuer ceux qui leur faisaient tort
Puis les autres sont morts par une atroce fin
Comme tombent les mouches…
Jusqu’à c’qu’il n’y ait plus rien…
Plus rien…
Plus rien…
Il avança à tâtons, évitant de lancer un sort qui permettrait de le détecter. Il ressentit une terrible sensation glacée et baissa le regard vers sa jambe nue. Les sortilèges lancés à l’extérieur eurent le temps de l’éclairer l’espace d’un instant pour voir Nagini dressé droit devant lui, ses yeux reptiliens le fixant, la gueule béante prêt à attaquer.
« AVADA KEDAVRA !!! »
Harry esquiva le corps du serpent qui tomba au sol, mort. Le garçon tremblait, il venait de tuer pour la première fois volontairement, et pour sauver sa vie… Maintenant, il savait ce qu’il ressentirai : une étrange satisfaction mêlée à une angoisse oppressante. C’était le pouvoir de ces sorts mortels. Il resserra la prise sur sa baguette et monta lentement les marches des escaliers. Voldemort était au dernier étage et il savait certainement qu’il était proche… Il se ressaisit, reprenant calmement sa respiration. Il ne devait pas faillir : il devait le tuer avant qu’il ne le tue. Cette guerre prendrait fin dès l’instant où Voldemort tombera ! Il fallait que cela arrive le plus vite possible car bientôt les survivants ne tiendraient plus face aux Mangemorts et aux Inferis.
Je suis maintenant le dernier espoir des Sorciers
Pour gagner cette guerre et sauver mes amis
Je suis prêt à sacrifier jusqu’à ma propre vie
Car il ne reste que quelques minutes à la vie
Tout au plus quelques heures, je sens que je faiblis
Je ne peux plus marcher, j’ai peine à respirer
Adieu Monde Sorcier…
Adieu Monde Sorcier…
Harry se concentra. Il n’arrivait plus à bouger et son cœur semblait arrêté, mais il devait avancer. Il ne devait pas s’arrêter là. Il revit le visage de ses parents, de Sirius et de Dumbledore. Ceux de Ron et d’Hermione, de Luna et de Neville. Tous les membres de la famille Weasley et l’Ordre du Phénix, puis le visage de Ginny… Sa douce Ginny qu’il aimait tant… Retrouvant tout son courage de Gryffondor, il poussa violement la porte...
La forte lueur verte éclaira tout le bâtiment, diffusant sa lueur aux alentours. Les combats de Poudlard s’arrêtèrent l’espace d’un instant et tous levèrent les yeux vers le ciel rendu vert. Puis tout s’atténua et dans la Cabane Hurlante, un corps tomba au sol…






